Symmetrel (amantadine): revue pratique par votre pharmacien
Par Gaëlle Marie Labous, Docteur en pharmacie, titulaire de Labous Pharmacie de Nolay
Le Symmetrel (principe actif : amantadine) est un médicament connu depuis les années 1960. Il a longtemps été utilisé à la fois comme antiviral contre certains virus de la grippe et comme traitement de la maladie de Parkinson. Aujourd’hui, son utilisation a beaucoup évolué. À l’officine, nous expliquons régulièrement pourquoi il n’est plus recommandé contre la grippe et dans quelles situations il reste prescrit.
Deux indications historiques
L’amantadine possède deux mécanismes d’action distincts :
- une action antivirale contre le virus de la grippe A (elle bloque le canal M2 du virus) ;
- une action dopaminergique, utile dans la maladie de Parkinson et certains syndromes parkinsoniens induits par les neuroleptiques.
En France, les spécialités contenant de l’amantadine (notamment Mantadix) sont indiquées pour la maladie de Parkinson, les syndromes parkinsoniens d’origine médicamenteuse et, historiquement, pour la prophylaxie de la grippe A.
Pourquoi l’amantadine n’est plus utilisée contre la grippe
Depuis le milieu des années 2000, la quasi-totalité des virus de la grippe A en circulation sont devenus résistants à l’amantadine (et à la rimantadine). Cette résistance est liée à des mutations du gène M2 et concerne aussi bien les virus A(H1N1) que A(H3N2).
Conséquence pratique :
- les autorités sanitaires (CDC, OMS, recommandations européennes) ne recommandent plus l’amantadine ni la rimantadine pour le traitement ou la prévention de la grippe saisonnière ;
- l’amantadine n’a de toute façon aucune activité contre le virus de la grippe B ;
- les antiviraux actuellement recommandés sont les inhibiteurs de la neuraminidase (oseltamivir, zanamivir) et, dans certains cas, le baloxavir.
Même si certaines notices anciennes mentionnent encore l’indication grippale, l’usage actuel contre la grippe n’est plus justifié en pratique courante.
Utilisation actuelle dans la maladie de Parkinson
L’amantadine reste utilisée dans la maladie de Parkinson, principalement :
- en monothérapie au début de la maladie (effet modeste sur les symptômes moteurs) ;
- en association avec la lévodopa pour réduire les dyskinésies induites par la lévodopa ;
- dans certains syndromes parkinsoniens induits par les neuroleptiques.
La posologie habituelle en monothérapie est de 100 mg deux fois par jour, avec possibilité d’augmentation progressive jusqu’à 300–400 mg par jour sous surveillance médicale. Le traitement doit être arrêté progressivement.
Effets indésirables fréquents
Les effets indésirables les plus souvent rapportés sont :
- vertiges, insomnie, nervosité ;
- nausées, sécheresse de la bouche ;
- œdèmes des membres inférieurs et livedo reticularis (marbrures violacées de la peau, surtout des jambes) ;
- confusion, hallucinations, surtout chez les personnes âgées.
Des troubles du contrôle des impulsions (jeu pathologique, hypersexualité, achats compulsifs) ont également été décrits, comme avec d’autres médicaments dopaminergiques. Tout changement de comportement doit être signalé au médecin.
Points pratiques à l’officine
- L’amantadine est un médicament soumis à prescription.
- Elle n’est plus adaptée à la prévention ou au traitement de la grippe saisonnière.
- Chez les patients parkinsoniens, elle peut apporter un bénéfice sur les dyskinésies, mais nécessite une surveillance, notamment chez les personnes âgées.
- Un arrêt brutal peut entraîner une aggravation des symptômes ou un syndrome malin des neuroleptiques dans de rares cas.
Conclusion
Le Symmetrel (amantadine) a longtemps eu une double vie : antiviral antigrippal et traitement antiparkinsonien. Aujourd’hui, seule l’indication neurologique reste pertinente en pratique. Contre la grippe, la résistance généralisée des virus en circulation a rendu ce médicament inefficace. Pour la prévention de la grippe, la vaccination et, si besoin, les antiviraux plus récents restent les références. En cas de question sur un traitement en cours ou sur les options disponibles, n’hésitez pas à en parler à votre pharmacien ou à votre médecin.